Assez de l’âgisme (mon âge, tu l’aimes ou je te quitte)

Katerina Zekopoulos a 31 ans. Dans son blog coupdevieilles.fr, elle combat l’âgisme, par, dit-elle, l’amour des vieux (et surtout des vieilles). Elle est tellement convaincante qu’elle conforte mon amour des jeunes !

Elle s’insurge contre le mépris de l’âge. Ses coups de gueule dénoncent la manière dont les vieux sont traités. Katerina interroge la société avec détermination : « Et mon âge, tu l’aimes mon âge ?  »

Dans cet article, elle nous éclaire sur son engagement pour combattre l’âgisme.

Qu’est-ce que l’âgisme ?

L’âgisme renvoie aux stéréotypes, préjugés et discriminations vis-à-vis des personnes en raison de leur âge. L’âgisme peut donc toucher à la fois des jeunes… et des vieux ou vieilles ! Aujourd’hui, l’âgisme à l’égard des personnes âgées est particulièrement répandu. Il est tellement naturel qu’on a du mal à le voir, à le reconnaître, chez les autres comme chez soi.

Un rapport des Nations Unies, publié en mars 2021, a révélé, que dans le monde, une personne sur deux fait preuve d’âgisme à l’égard des personnes âgées. Dans ce rapport, 3 catégories d’âgisme sont notamment évoquées. L’âgisme peut être :

  • institutionnel (les lois, les normes sociales, les politiques et les pratiques institutionnelles )
  • interpersonnel (dans les interactions entre individus)
  • dirigé contre soi (« je suis trop vieille/vieux pour faire ça », « quand on est vieux, on ne sert à rien » etc.).

Quelle est la manifestation la plus courante du mépris pour l’âge ?

L’âgisme peut se manifester de mille manières :

  • Des réflexions anodines « ce n’est pas de mon/son âge » (de porter tel vêtement, de se comporter de telle ou telle manière, d’avoir une vie amoureuse ou sexuelle, passé un « certain âge » etc.) 
  • Parler fort et en articulant exagérément face à une personne âgée qui devrait forcément être mal entendante…
  • Invisibiliser les personnes âgées dans les médias et sur nos écrans. S’ajoute l’exclusion des 50 ans et plus sur le marché du travail, parce que trop vieux pour tel poste, tel secteur, telle organisation.

De ce point de vue, la crise sanitaire du Covid-19 a agi comme un révélateur. Elle a mis les personnes de 50 ans et plus dans un même sac, étiqueté : « personnes fragiles ». Comme s’il s’agissait d’une population homogène, par définition vulnérable puisqu’ âgée.

Solitude, isolement et autres calamités de l’âgisme

Les stéréotypes de l’âgisme ne sont pas anodins avec des conséquences très concrètes. En commençant par la solitude et l’isolement accrus chez les personnes âgées. C’est également un accès limité aux services en ligne et aux soins de santé (« trop vieux/vieille pour être hospitalisé.e, pour bénéficier de tel acte médical »…).

L’âgisme pose de grandes questions : d’accès aux droits, de libre choix et de dignité des personnes, de participation sociale et citoyenne… Cette problématique de fond a un coût à la fois humain et financier pour nos sociétés. Il est donc important d’en parler et d’agir pour faire bouger les lignes.

Quelles formes d’âgisme te hérissent particulièrement le poil ?

Le manque de reconnaissance pour les aidants et soignants des personnes âgées me choque. Leur travail est difficile, souvent peu valorisé, mal rémunéré et pourtant si précieux. Indispensables, ils ont un rôle essentiel pour les personnes âgées, notamment en perte d’autonomie. Pour autant, j’ai souvent vu des comportements âgistes, voire carrément fatalistes chez certains.

Par exemple, une de mes grands-mères, en perte d’autonomie, est « maintenue à domicile » comme on dit. J’ai observé des réactions ou entendu des phrases énonçant qu’ « à son âge », c’est déjà bien de pouvoir manger, dormir, faire ses besoins et regarder la télévision. Pourquoi s’embêter à essayer d’améliorer son quotidien au-delà du strict nécessaire ? Comme s’il était bien suffisant, en perte d’autonomie, de se contenter de rester assis.e dans son fauteuil toute la journée.

Un grand merci aux soignant.e.s et aux aidant.e.s

Ensuite, prendre des décisions à la place de la personne âgée me hérisse aussi particulièrement le poil. Pourquoi ne lui demande t-on pas son avis ? Je suis outrée qu’elle ne soit pas associée a minima aux décisions la concernant. J’ai conscience des contraintes des intervenants et du manque de moyens financiers et humains. Dans cette histoire, les professionnels, les aidants sont autant pénalisés que les bénéficiaires.

Mais il n’empêche. J’aime croire que dans une société aussi développée que la nôtre, nous avons les moyens pour que tous les vieux et les vieilles ne se contentent pas d’assouvir leur nécessité vitale. L’ensemble de leurs besoins, y compris affectifs, (ré)créatifs et relationnels, peuvent être pris en compte.

Pourquoi as-tu décidé de lutter contre l’âgisme ?

Réaliser à quel point l’âgisme était ancré, répandu et dévastateur m’a fait ressentir le besoin d’agir à mon échelle. Ma grand-mère a subit son propre âgisme, en se dénigrant et en se dévalorisant à cause de son âge. Alors, j’ai eu un déclic. J’ai réalisé combien il y avait un déficit de représentations associées à la vieillesse. Et, en plus, que ces représentations étaient caricaturales et souvent excessivement négatives.

Mon âge, qu’est-ce qu’il a mon âge ?

L’âgisme au féminin me touche particulièrement. Les femmes sont plus nombreuses parmi les personnes âgées. En même temps, elles sont plus touchées par l’âgisme, qui se cumule avec le sexisme.

Je vois une convergence entre la lutte contre l’âgisme, le féminisme et même ce qu’on appelle parfois l’humanisme.

Et puis il y a des tendances. Dans un contexte de vieillissement de la population, lutter contre l’âgisme est vital. On pourrait parvenir à une société où tous les âges et les générations aient leur place. Car, maintenant il s’agit de nos parents, de nos grands-parents, et demain, cela sera nous !

As-tu peur de la vieillesse ?

J’ai moins peur de la vieillesse que de la mort. Je ne suis pas croyante au sens religieux et je suis peut-être trop gourmande. Disons que j’ai du mal à me faire à l’idée que toutes les bonnes choses ont une fin !

De ce point de vue, je vois la vieillesse comme une chance, si on ne souffre pas de maladies ou d’incapacités trop importantes. Si on ne vieillissait pas, on aurait encore plus de mal à faire nos adieux.

En effet, la vieillesse peut aussi être l’opportunité d’un bilan de vie. C’est un moment privilégié pour donner du sens à son existence en l’inscrivant dans quelque chose de plus grand que soi – une lignée familiale, un récit ou une destinée collective par exemple.

Comment te prépares-tu à vieillir à 31 ans ?

Comme le dit bien ce blog, vieillir c’est d’abord et avant tout vivre ! Car on a tendance à séparer la vieillesse du reste de la vie alors qu’en réalité, elle s’inscrit dans une continuité. Je me prépare à vieillir en apprenant et en me préparant à vivre.

Mieux j’aurai vécu ma vie, mieux je vieillirai, logiquement ! C’est en tous cas le pari que je fais. Reste à savoir ce que veut dire bien vivre sa vie… Aujourd’hui, c’est m’investir dans des projets et une cause qui me tient particulièrement à cœur.

Mais je goûte aussi aux petits bonheurs quotidiens. Je passe du temps avec les personnes que j’aime, je continue d’apprendre et de faire de nouvelles rencontres… Je n’ai pas la clé du bonheur. Il paraît qu’il est fait de petites choses. Ainsi, j’ai entendu parler d’un livre que j’ai hâte de lire : « Les 5 regrets des personnes en fin de vie ». Il est écrit par une infirmière en soins palliatifs australienne. Avis aux lecteurs et lectrices !

L’âgisme ne passera pas par moi !

Comment agis-tu concrètement contre l’âgisme ?

Je m’efforce de lutter contre l’âgisme. Mon action a pour but de déconstruire des idées reçues et de donner une autre image de la vieillesse.

J’ai lancé le blog, Coup de vieilles, pour contribuer à l’évolution du discours autour de l’âge et du vieillissement. J’écris des articles et fais le portrait de femmes de 50 ans et plus.

Nous avons créé A fleur d’âge, un podcast sur l’âge au féminin, avec deux ex-collègues. Nous tendons le micro à des femmes de tout âge pour recueillir leur témoignage.

J’ai récemment rejoint les Petits Frères des Pauvres, en tant que bénévole et j’interviens auprès de résidents d’Ehpad. C’est une belle expérience. Les interactions que je peux avoir avec des personnes parfois beaucoup plus âgées que moi me nourrissent énormément. Elles m’aident aussi à mieux comprendre le vieillissement.

Un conseil de prévention de l’âgisme aux personnes qui avancent en âge ?

Difficile de donner des conseils et tellement plus facile de dire aux autres quoi faire que de le faire soi-même !

Commencer par prendre conscience et connaissance de l’âgisme. Connaître le concept, le comprendre, s’informer à travers des sites comme celui-ci peut être une bonne façon de s’en préserver.

Nommer le phénomène permet aussi de mieux se familiariser, à l’intérieur de soi mais également dans la relation aux autres. En être conscient est un grand pas qui peut faire toute la différence.

Repérer les petites phrase assassines peut être un bon réflexe : « Ce n’est pas de mon/son âge », « à mon/son âge » etc…

Le rapport de l’ONU sur l’âgisme donne plusieurs pistes pour s’en préserver. Il y en a notamment deux que je souhaite citer ici :

  • regarder en face son éventuelle anxiété face à la mort. En parler avec des proches, trouver une pratique spirituelle ou d’autres moyens de s’apaiser.
  • s’informer sur le vieillissement, car plus une personne connaît le sujet, moins elle est susceptible d’être porteuse de comportements âgistes.

Refuser le « demain je m’y mets » !

Merci Katerina pour ton témoignage. Je suis bien d’accord quand tu nous dis que le meilleur vaccin contre l’âgisme reste encore le contact avec des personnes plus âgées que soi (ou plus jeunes quand il s’agit de l’âgisme anti-jeunes).

Le regard de ce blog va, c’est vrai, vers les plus âgé.e.s. C’est important d’attirer l’attention que l’âgisme est une discrimination par rapport à l’âge en général. Ouf, ce n’est pas utile de stigmatiser encore plus les personnes Seniors en leur consacrant ce mot ni de se laisser victimiser excessivement en pensant être seul.e à en souffrir !

Tu arrives, à présent, à la fin de ta lecture, je t’invite maintenant à consulter et éventuellement relayer sur les réseaux sociaux, la campagne de sensibilisation des Nations Unies. Mais, si tu n’y es pas présent.e, tu peux aussi en parler autour de toi. Et surtout, essaie de ne pas autoriser l’âgisme à passer par toi.

Que penses-tu de l’engagement de Katerina ? Quelle manifestation de l’âgisme te hérisse le poil ? Raconte, en parler, c’est déjà prendre ses distances !

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