Faire le ménage : rien à perdre à passer l’éponge.

Faire le ménage est une activité qui divise. S’y adonner ou se ménager ?  Pourtant, le secret du ménage est que chaque grain de poussière dépose de nombreux bienfaits du sol au plafond de l’existence.

2 Français sur 3 n’ont rien à cirer de faire le ménage et seulement 1 sur 3 le fait régulièrement. Et toi, adepte du balai ou opposant au chiffon ? Certains le vivent ou le voient aussi comme l’aliénation de la femme. Les statistiques vont dans leur sens. J’ai la chance d’avoir un époux qui se colle naturellement à l’aspirateur et à la lessive-repassage. Je fais ma part, sans rechigner, mécaniquement et au plus efficace = vite et plutôt bien.

Faire le ménage me parait du temps perdu. J’ai autre chose en vue que devenir championne des marques de produits ménagers ( Désolée, Briochin, qui me fait plus penser à la levure qu’à la javel…) 

Il se trouve que durant l’épidémie de Covid 19, confinée chez moi, le ménage devient une occupation. A cette occasion,  je redécouvre qu’il a de nombreux bienfaits auxquels je ne prêtais pas attention. Et pas seulement pour stopper la propagation du virus sur les surfaces.

Il peut jouer son rôle pour doper la vitalité quotidienne et particulièrement bien vieillir. C’est intéressant. Je t’invite maintenant à évaluer mes 5 impressions de nouvelle fée du logis repentie.

Le ménage, un labeur en or.

Le ménage, une poule aux oeufs d’or.

1. Il bouchonne l’organisme.

Une opportunité pour bouger : une activité simple, accessible chez soi, et d’intensité variable.  Le ménage ne remplace ni des séances de sport ou d’activité physique. C’est une bonne façon de se bouger un peu chaque jour. Surtout qu’actuellement, les cours de gym sont suspendus et les tours de parc interdits. Je n’aime pas changer les draps. Pourtant ce matin,  j’ai observé comment ces gestes simples sollicitent mon corps. En briquant autour de moi, j’ai stimulé mes muscles et mes articulations, favorisé la circulation sanguine et oxygéné mon l’organisme. Y mettre tout mon coeur tonifie ma sphère cardiaque.

J’ai recyclé quelques exercices de mon cours de gym :

  • L’aspirateur, une fente : dos bien droit, au lieu de marcher,  faire une fente en pliant un genou à angle droit et étendant bien l’autre jambe. Inverser.
  • La vaisselle, un étirement : lever l’une après l’autre la jambe arrière pointe tendue si possible jusqu’à la fesse.
  • Les vitres, un squat : plier les jambes le dos bien droit en tirant les fesses vers l’arrière.

2. Il décrasse vraiment les méninges.

Des neurones stimulés et connectés :  non le ménage n’est pas si bête ! Au contraire. Dépoussiérer ou laver les vitres ? C’est hiérarchiser et prioriser. 

J’assume avoir, comme on dit,  2 bras gauches. Le ménage requiert  habileté et ingéniosité. Je me concentre donc pour manipuler les objets fragiles et pour changer, petit geste technique,  le filtre et le sac de l’aspirateur au lieu de crier à l’aide.

Je renoue avec des souvenirs et des émotions en passant les bibelots au plumeau. Par exemple, ce jeu d’échec acheté pendant des vacances et très ami de la poussière. Comme je suis collectionneuse de boites publicitaires et de mini théières, je prends le temps de les contempler en les astiquant et de me rappeler qui me les a offertes et où je les ai achetées. Mes connexions neuronales s’animent et ma mémoire travaille.

3. Il nettoie bien les humeurs.

Une tête ordonnée et apaisée : il y a 2 forces de l’ordre. Celle qui met au cordeau par désir de contrôle et celle qui le moleste par esprit de rébellion. On peut  passer d’un état à l’autre ou l’endosser comme un trait de personnalité. Peut-être bien que mon envie actuelle de ménage, en pleine incertitude du coronavirus, n’est pas seulement liée à l’oisiveté forcée ? Je vais te dire pourquoi.

A cet instant, je répète des gestes simples et rassurants. Mes sens prennent le pas sur mes pensées et sont stimulés :  en 1er lieu l’odorat, puis la vue et l’ouie car je me mets de la musique et enfin le toucher de la mousse et d’une crème réconfortante sur mes mains à la fin. Je ne suis pas hyper maniaque et je ne trouve pas encore de plaisir au ménage. Je connais des personnes qui ont une sorte de jouissance dans le rituel de nettoyer et ranger à fond. Pourquoi pas, si cela leur convient ? Pour ma part, c’est la satisfaction et même la fierté du résultat quand je me suis donné du mal. En ce moment, celui d’être responsable d’un espace de bien être dans le confinement.

Remettre au propre et au carré mon univers réveille le sentiment que je suis capable de changer et de maitriser le cours de mon existence.  Et c’est très important dans ces semaines chaotiques. En temps normal aussi, ces mini gestes quotidiens procurent un 1er sursaut de vitalité quand on a les idées noires. J’ai l’impression, et aussi envie actuellement, de repartir à neuf. Le ménage de printemps.  En récurant, je puise de l’énergie. Je m’évade au milieu de bibelots de vacances et je me ressource des cadres-photos de mes grand-parents et du mariage de mes enfants. Au fil du chiffon, je fais briller des repères et des valeurs pour garder du bon sens dans cette confusion.

Magie du plumeau.

2 aides ménagères : les chercheurs et les moines.

  • Les chercheurs ont démontré que faire le ménage libère des endorphines, hormones de l’apaisement et du bien être. Dans une sorte de relaxation en mouvement, la détente s’installe au gré des gestes. Seulement 20 minutes par jour pourraient réduire les effets du stress et de l’anxiété.  Le ménage ne soigne pas de ces troubles mais il aide à les supporter. Nettoyer vigoureusement contribue à évacuer les émotions désagréables,  explique la Psychologue Rheece Mc Kenzie. Il est associé par le cerveau aux zones de réconfort et de plaisir. 
  • Les moines Zen font quant à eux le ménage du matin au soir. C’est même une activité centrale de leur vie.  Non pas parce que c’est sale, mais pour ‘nettoyer leur cœur’, embellir et faire rayonner la beauté des choses. En méditation active, les bonzes astiquent les planchers jusqu’à se refléter dedans.  Je n’en suis pas là, je n’aime pas trop glisser sur le parquet ciré.  Mais un disciple de Bouddha a bien trouvé le nirvana en passant le balai, alors épousseter son cœur et le remplir de lumière en faisant le ménage n’est pas moins sensé.

4. Il lustre aussi les liens.

De la cire relationnelle. Le sociologue Jean Claude Kaufmann, expert en vie domestique,  relève que le ménage peut être une source de conflit dans un couple. En revanche,  si les 2 membres d’un couple s’investissent dans le ménage de leur lieu de vie, les tensions et les disputes diminuent.

C’est aussi aussi un acte d’amour. Une sorte de don, finalement. En créant un cadre de vie agréable, certains utilisent le ménage comme preuve d’attention et d’affection. Le geste sert de parole. Si on dévalorise trop le ménage, on peut passer à côté du message.

5. Il ravive même l’existence.

Une activité pour mieux vieillir. Central dans le récit de mon ménage.

 A la Case Western Reserve University, une université de Cleveland, Ohio, la chercheuse Kathy Wright a démontré que vivre dans une maison propre et entretenue renforce et prolonge la vitalité. 

  • 337 participants âgés de 65 à 94 ans, souffrant d’au moins une maladie chronique et limités physiquement, ont été suivis durant plusieurs mois.
  • Ceux qui faisaient le ménage et prenaient soin de leur maison avaient de meilleures capacités physiques et psychiques. L’activité nécessaire au ménage leur apporte un mieux-être et améliore leur état de santé.
  • De plus, les personnes qui vivent dans un cadre de vie propre et soigné se déclarent plus satisfaites de leur existence que celles qui vivent dans un environnement désordonné et négligé.

Dépoussiérer l’idée du ménage.

Poussière d’or.

Faire le ménage est une activité utile et sage. Je promets que je ne ferai plus le ménage comme avant. Bien que je ne sois toujours pas devenue fanatique de la tête de loup, je ne le considère plus comme une privation de temps ou une corvée. Je sais pourquoi je le fais et c’est nettement plus agréable.

Je vais même le faire en pensant qu’il va m’aider à être plus satisfaite  de mon existence. Doper ma vitalité ne dépend pas de grands évènements mais de la somme de ces petites choses qui font collectivement barrière aux crasses de la vie. Comme le ménage.

A nos balais, les amis. Passons et repassons l’éponge chaque jour ! Qui est partant ? Dites-le dans les commentaires.

Cet article me relie à mon copain Christophe, pour qui le ménage n’a aucun secret. Je lui souhaite une belle retraite.

Des ressources pour donner un coup de main.

2 livres :

  • Keisuke Matsumoto, La Maison Zen, Leçon d’un moine Bouddhiste.
  • Jean Claude Kauffman, Le coeur à l’ouvrage, Théorie de l’action ménagère.

Des conseils :

Un autre article : après le ménage, se ressourcer chez soi comme dans une île.

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2 réponses

  1. Marchand dit :

    Bonjour
    Merci pour cette lecture , qui me permet de (re)prendre du plaisir dans des actes quotidiens ,banaux auxquels on n accorde que très peu d attention et d intérêt . Merci pour ce regard bienveillant sur ce quotidien qui prend de nouvelles couleurs !!

    • anne zavan dit :

      En effet, c’est ce que je me disais, bien sûr que ce moment est terrible surtout pour ceux qui y sont confrontés de près, mais il me semble que c’est aussi un temps imprévu, improbable et l’occasion de, humblement, ranger un peu la vie pour redémarrer.

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