Que faire à la retraite : s’épanouir (même si on a peur de ne pas savoir )

Quand on est dans la force de l’âge, on réclame du temps pour soi. On espère que la fin de la vie, dite active, sera une bénédiction. Mais, parfois, on se retrouve avec un stock de jours dont on ne sait que faire à la retraite pour bien s’occuper.

Le jour où ma copine Muriel a enfin pu décrocher, je m’attendais à ce qu’elle conserve sa belle énergie. Mais elle s’est pris les pieds dans le tapis. As-tu idée de la façon dont elle s’est redressée et épanouie finalement ? Quand tu sais pourquoi, tu trouves le quoi. Avant de clarifier ce nouvel adage, l’article relate les moments utiles et importants du passage à la retraite qu’elle a traversés.

Par ici, la sortie.

Aujourd’hui, je vais parler de Muriel, une copine dynamique, qui n’a pas démérité. Enfin, je le pense. Elle est vraiment dévouée pour son entreprise et tous les chefs qui se sont succédés. Il en faut de la patience au rythme où ils valsent.

Pourtant, trahie par trop de lenteur et de nervosité, elle fait des petites erreurs et des oublis. Les allusions de sa supérieure affaiblissent sa motivation et sa confiance. Et quand celle-ci lui propose une préparation à la retraite, bon soldat, elle trouve l’idée excellente. Ok, le temps semble venu mais une question la taraude : que faire à la retraite ? Comment occuper tout ce temps libre ?

A travers l’histoire de Muriel, la question peut être élargie :

Car s’il y a une phrase qui va énerver Muriel, c’est qu’on lui demande : « dis, maintenant que tu es retraitée, tu fais quoi de tes journées ? »

Pour quoi faire à la retraite, cette étape de préparation ?

La préparation a lieu entre 1 et 2 ans avant le départ à la retraite. Financée par l’employeur, d’autres organismes, comme les caisses de retraite, en proposent également.

D’une durée de 2 à 3 jours, parfois plus, elles abordent les démarches administratives, l’état financier ainsi que des conseils de santé et d’adaptation. Les personnes âgées de 58 à 60 ans peuvent bénéficier d’un entretien retraite individuel auprès de l’assurance retraite. Elles font le point sur leurs droits, les dispositifs de passage à la retraite, l’optimisation et la simulation de son montant.

Avec l’aide d’un-e psychologue, les participants réfléchissent au sens de leur vie future, expriment leurs craintes ou angoisses. Enfin, ils mettent à plat leurs envies et la façon de les satisfaire. En général, le groupe repart les idées plus claires, le coeur serein et gonflé à bloc. Mais dans la pratique, il leur faudra plus de 2 jours pour devenir ce retraité épanoui.

Les voyants sont au vert pour Muriel

Ravie et remplie d’énergie, Muriel brandit une longue liste de choses qui répondent à la fameuse question ‘que faire à la retraite’. Manger sainement, faire de l’exercice. Être bénévole à l’épicerie solidaire de sa ville. Construire son arbre généalogique. Marcher la route de Compostelle avec sa soeur. Lire le Da Vinci Code loupé à sa parution. Apprendre à faire son pain et le clown si elle a le temps, décorer sa terrasse. Participer à l’association d’échanges de sa commune avec le Togo. Garder sa petite fille un mercredi sur 2, tenir la maison, cuisiner, faire les courses…

Parfait ! Toutes les cases sont cochées pour une vie réussie de retraité-e. On pense au tableau de bord de Thomas Pesquet pour un décollage imminent. La planète du bien vieillir actif et en pleine forme est en ligne de mire. En vue l’entretien du lien social et la qualité du cadre de vie. L’emploi des Seniors, possible en complément de la retraite, ne la concerne pas. Elle aura sa retraite à taux plein et une pension qui lui parait satisfaisante.

Je ne dénigre pas ces stages, bonne base pour un état des lieux et se projeter. S’ils sont utiles, sont-ils suffisants pour que le futur retraité se familiarise avec l’idée d’abandonner sa vie dite « active » ? C’est la 1ère question à se poser.

Pour ne pas s’ennuyer à la retraite, si on rentrait en transition ?

La transition, processus de désorientation et de réorientation, aide à changer. Il faudra une maturation intérieure et progressive. Du temps et de la patience permettent de comprendre comment on réagit et on accepte le changement. La 1ère étape, remplie d’ambivalence, de confusion, de peur aussi, met fin à ce qu’il y avait avant. Ensuite, on entre dans un temps neutre de maturation qui conduit souvent au stade (jubilatoire) d’un nouveau départ.

Phase 1 : en pleine turbulence

Avec sa liste d’occupations bien fournie, Muriel est aux taquets. Elle la consulte plusieurs fois par jour pour s’assurer de ne rien rater.

Mais curieusement, au bout de quelques semaines, elle devient incapable d’entreprendre quoi que ce soit. Sa batterie est déchargée. Atone, oisive, avachie sur son canapé. Incapable de mettre son réveil le matin pour 2 heures de marche avec moi. Absente pour improviser un ciné-café. Méconnaissable.

Son mari Eric veut la sortir de l’inertie. Il lui rappelle tout ce qu’elle a imaginé faire à la retraite, et ça a le don de la renfrogner un peu plus. On la voit s’effondrer physiquement et psychologiquement. Le passage à la retraite agit tel un tsunami qui la lessive et la vide de son essence.

Décodage de ce qui se passe

L’anthropologue Georges Arbuz décrit très bien ce qui arrive à Muriel. « Même dans les cas où les intéressés ont pu y penser, s’y préparer, la retraite a des retentissements psychologiques »

Une image de soi fragilisée : l’impression de ne plus avoir d’utilité. Les personnes, souvent hyper-investies et attachées à leur travail, vont remplir leur temps pour combler le vide ou au contraire, au nom du tout ou rien, vont choisir le rien.

La perte de leurs repères : l’avenir alléchant, imaginé par le futur retraité, ne se produit pas comme prévu. Au début, tout semble possible, avec plaisir et un joyeux sentiment de liberté. Suivi d’un flottement et de l’impression désagréable d’être perdu. Les activités envisagées n’ont ni sens ni valeur et ne permettent pas de se sentir exister. Muriel disait qu’elle était paumée.

Un moment de doute : on balance entre les repères d’avant et le désir et la conviction de devoir en changer. Ce n’est pas facile. Qu’a-t-on vraiment envie de faire, qu’est-ce qui aura du sens et de la valeur dorénavant ? Va-t-on parvenir à avoir les moyens de le réaliser ? Car les belles idées n’existent que si on les concrétise.  

Eric n’est pas d’un grand secours. Même plus, il y a de la tension dans l’air. Manque d’écoute et incompréhension. C’est simple, Eric ne reconnait plus sa Muriel. Il pense qu’elle le boude. La sphère privée occupe dorénavant la place principale et l’harmonisation de leurs 2 modes de vie est nécessaire. Une période délicate où chacun doit prendre sa place et conserver son espace, tout en ayant plaisir à retrouver l’autre.

Quelles activités à la retraite : un choix sur mesure

Durant la préparation, la conseillère avait invité les participants à exprimer la raison d’être de leur vie future. Muriel ne voyait pas. Mais pas du tout. Elle avait calé et la question était restée coincée. Si elle la connaissait, comme un musicien, un éleveur de fauves, ou une archéologue, elle s’en serait déjà servi. Et comme elle n’en avait pas, elle avait adopté celle des autres, ses parents principalement.  

Muriel s’est lancée dans son programme d’activités telle une fourmi. Éviter à tout prix de s’ennuyer, disait-elle. Mais au fond, elle craignait et avait honte de l’oisiveté et du désoeuvrement, une tare dans son éducation.

Et après quelques semaines, terrifiée, au somment du cratère géant de cette foutue raison d’être, elle avait hiberné.

Phase 2 : ne pas déranger

Décodage de ce qui se passe

  • La raison d’être n’est pas quelque chose à trouver. On la laisse venir en se concentrant sur ce qui a le plus de sens pour soi.
  •  La raison d’être n’est pas une chose unique, heureusement, elle peut être multiforme. Bien sûr, plus ces origines sont variées, moins la raison d’être apparaitra comme une vocation, une destinée. Rien de grave.
  • Et pour finir, la raison d’être n’est pas figée dans le marbre. Ce qui donne du sens à la vie de quelqu’un à un moment donné n’est pas immuable. Parce que nous évoluons sans cesse. Et c’est bien ainsi.

Sortie enfin de sa léthargie, Muriel, tilte. Être laborieuse à la retraite est un contre sens. Elle retrouve sa joie de vivre communicative et répond tranquillement aux 3 questions sur lesquelles elle avait triché pour faire bonne figure durant sa préparation :

  • Maintenant, qu’est-ce qui est important et qui fait sens pour moi ?
  • Est-ce que cet important me correspond vraiment ?
  • Vais-je devoir abandonner quelque chose qui pourrait me brider ?
Le minuscule n’est pas insignifiant

Son « important » du moment, son but, est de retrouver sa madeleine de Proust. Muriel avait, enfant, l’engouement et la joie des petites choses. La minutie des répliques minuscules du quotidien l’émerveillait. Elle collectionnait précieusement les fèves, les porte-clés publicitaires et de tout petits objets dans sa maison de poupée.

Alors qu’elle me faisait découvrir l‘artiste japonaise Kiyomi, elle me dit, chamboulée : « ce qui est minuscule n’est pas insignifiant. J’aurais dû voir cela plus tôt ! »

Evidemment que cela lui correspond ! Elle se fiche de devenir « une grande » et d’embarquer dans la réalité de ses parents. Que lui importe maintenant si elle dessine des petits bonhommes au lieu d’écouter les cours ?

Phase 3, place à la retraite épanouie

Rien ne bloque. C’est parti. « Que faire à la retraite » peut couler de source. Toute sa vie future ne se passera pas sous un microscope mais une partie, choisie. Elle note ce qu’elle va faire pour atteindre son but du moment. Retrouver et élargir ses collections liliputiennes, faire partie de la communauté des collectionneurs. Inventer et fabriquer des mini-mondes en tous genres qu’elle donnera à des associations d’enfants. Visiter avec Eric et sa petite fille la France Miniature. Même apprendre, enfin, à dessiner et peindre des miniatures à la persane. Elle voit déjà comment s’y prendre. D’autres idées à explorer viendront au fur et à mesure.

De la liste de départ, elle conserve ce qui a trait à sa santé et à sa vie quotidienne. Ses nouveaux centres d’intérêt cochent aussi les autres critères d’une retraite accomplie. Rien à voir avec le remplissage d’agenda. C’est le fil conducteur qui épanouira la 2ème partie de sa vie.

Décodage de ce qui se passe

Avant la retraite, la vie nous porte avec ses valeurs et ses codes : en gros activité professionnelle, famille et loisirs. Il ne suffit pas de remplacer ces activités par d’autres compatibles avec la retraite. Au préalable,  il est utile, même essentiel, d’explorer ses aspirations et d’avoir conscience que le futur sera sans directives ni gardes fous. Le contenu des années à venir dépendra principalement de soi. Il est plus efficace de réfléchir d’abord à ce qui compte véritablement pour soi et de le décliner en possibles activités. La liberté à la retraite demande l’effort et le courage d’être son propre patron.

Cet article ne propose pas une liste d’occupations pour la retraite. J’admets que cela peut être décevant mais la liste serait un inventaire à la Prévert.

Si tu manques totalement d’idées, tu peux déjà donner du temps aux recommandations de base :

  • faire de l’exercice (par exemple, marcher tous les jours au moins 1 heure)
  • conserver sa vie sociale (pour continuer, si tu peux t’inscrire à un club ou association de marcheurs, c’est idéal)
  • se sentir et être utile (en offrant du bénévolat à une cause qui te touche)
  • consacrer aussi 1 heure par jour à lire, aux mots croisés, aux jeux de mémoire et de réflexion, tous bons pour la santé du cerveau

Bref, mets toi en mode actif, à ton rythme.

Garde aussi des plages pour ne rien faire et saisir des opportunités. C’est dans ces moments que vient l’inspiration. Ensuite si une nouvelle occupation à essayer se présente, laisse-toi entrainer. La saveur d’une activité momentanée peut ouvrir ton appétit.

Je t’invite aussi à télécharger sur le côté de cet article un récap de 5 habitudes de santé. Cela ne mange pas de pain. Tu trouveras aussi dans le blog des sujets pour ta vitalité.

La retraite, une reconversion personnelle

Devenir retraité n’est pas ressenti par tout le monde de la même façon. Bien entendu les conditions de vie de chacun auront du poids.

Le passage à la retraite est un changement significatif dans l’existence. C’est la fin de rôles, de relations, de routines, de présupposés. C’est même un nouveau boulot, au sens où on doit faire l’effort d’inventer et de créer sa 2ème vie par et pour soi-même.

Imagine-toi à la retraite. Si tu es éperdu-e de ton rôle et ton statut d’avant, tu risques de te focaliser sur tout ce que tu vas perdre. Pour compenser, comme un défi, tu peux devenir hyper-actif et finalement stressé-e et contrarié-e. Tu ne profites pas tellement.

A l’autre extrême, si tu étais brutalement confronté-e à ta fin de carrière, rien d’anormal à te sentir désemparé-e au point de perdre tes moyens dans ton fauteuil. Prendre de nouvelles petites habitudes peut te ratatiner.

J’ai confiance que rien n’est joué d’avance, à partir du moment où tu en as conscience.

Visualise une retraite riche portée par tes passions et centres d’intérêts. Rien à voir avec la richesse d’une confortable pension. Tu tires parti de ton moteur intérieur, inestimable, pour choisir pourquoi et comment passer du bon temps et vieillir bien vivant.

De nombreuses occupations te sont accessibles, en ville tout du moins, à condition de pousser la porte des dispositifs gratuits proposés. Les bibliothèques et médiathèques municipales et les universités populaires regorgent d’activités culturelles. Les centres socio-culturels et les associations ont pléthore d’activités de loisirs et d’activités sportives.

Beaucoup de contenus gratuits sont en ligne sur internet ( tu l’utilisais dans ta vie d’avant, continue car c’est une manne si tu es retenu-e chez soi – et sinon, tu peux apprendre facilement) : faire de l’exercice, prendre des cours, visiter des musées virtuels, jouer en réseau, découvrir le monde, participer à des forums de discussion, même te créer de nouvelles relations…

J’espère que l’histoire de ma copine Muriel te confortera et t’éclairera. Je t’engage, que tu sois pré-retraité-e ou déjà retraité-e, à te projeter dans l’avenir et à reprendre ta liberté. Je t’invite à vivre ce que tu as laissé en jachère ou découvrir de quoi te porter et t’épanouir pour de longues années.

Pour que cet article soit plus complet et te permette de passer au comment le faire, tu peux télécharger un mini guide, tiré de mes lectures d’experts, afin de cerner les occupations les mieux épanouissantes, via le formulaire ci-dessous.

J’ai plein de questions pour toi. Qu’en penses-tu ? Comment envisages-tu ta retraite ? Ou comment as-tu pris ce virage ? As-tu quelque chose à rajouter à cet article ? Raconte dans les commentaires !

Quoi faire à la retraite : un homme fait d ela gravure

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