La peur de vieillir : 3 pistes pour moins s’emballer

La gérascophobie est la peur de vieillir. Gérasco faut bien puisque c’est inéluctable ? Pour chasser le blues et garder son élan : remettre les pendules à l’heure en faisant sauter les 3 bouchons qui compriment la joie de vivre.

Vieillir, une peur qui a la vie dure.

Lorsqu’on prend conscience qu’on vieillit, en se regardant, en le ressentant et en le pensant, on se dit qu’on prend un coup de vieux.  Vieillir peut faire peur.

J’ai toujours à l’esprit une ancienne publicité du coiffeur Dessange. « Allo Dessange, recoiffe-moi le moral ».  C’était vraiment  bien vu. Quand je vais chez le coiffeur,  je rafraichis ma coupe, ma couleur et aussi mon image. C’est bon pour le moral. Je préfère nettement le coup de peigne au coup de vieux.  Comment te sens-tu devant ton miroir ?

La menace de vieillir peut déclencher chez certains de la résistance. Le vieillissement n’est pas facile, une expérience mitigée, agréable et désagréable. Il existe évidemment des cas dramatiques.  On nous prescrit plein de choses à faire mais, pour partir du bon pied, le 1er pas est de ne pas se confiner dans des idées noires.

Dans cet article, je vais jouer à la coiffeuse et donner un coup de peigne au coup de vieux, recherches à l’appui.

  • Les messages sociétaux qui plombent
  • Les films anxieux qu’on se fait
  • Les peurs qui nous handicapent

Sur le chemin de l’avancée en âge, pour commencer, on prend des raccourcis éreintants entre vieillir, vieillissement, bien vieillir et vieillesse. Remettons à présent la boussole en place.

Garder la banane !

Les protagonistes de cette longue histoire.

Vieillir, c’est vivre. Certains vieillissent plus vite que d’autres et pas ceux auxquels on pense. Les enfants sont les plus rapides.  Une maladie génétique, rare heureusement, provoque même un dramatique vieillissement accéléré. Même si cela fait flipper,  tout le monde vieillit. En définitive, n’est-ce pas aussi banal qu’extraordinaire ?

Le vieillissement est dynamique. C’est un processus continu et progressif. Les gériatres ou les épidémiologistes qui étudient la dégradation de la santé,  parlent « de sénescence ou ralentissement de l’activité vitale chez les sujets âgés ».  Mais les philosophes, les sociologues ou les psy de toutes disciplines y voient au contraire le développement de nouvelles capacités, l’accès à de nouvelles opportunités et même une transformation psychique vers l’intériorité, un nouveau territoire de soi à découvrir.Tiens donc, beaucoup de nouveau pour un sujet de vieux !

On prend conscience du vieillissement en s’observant et plus encore, dans le regard des autres et dans les représentations culturelles. Devenir « vieux/ senior » devient une identité qui pointe le moment où on n’est plus raccord avec l’âge « adulte ».

J’ai du mal avec cette barrière des âges car vieillir est un voyage.  Cette identité déstabilisante nous met aujourd’hui à l’écart et demain, au rencard ? Pour le vin ou même le fromage, vieillir c’est bien. Pourquoi donc serait-ce un cauchemar de ne plus faire ou être jeune pour les humains ? 

Vieillir, c’est vivre.

Bien Vieillir, le modèle. Notre culture occidentale considère que vieillir, c’est plutôt moche. En réponse, la réaction dominante est de vouloir bien vieillir. Se rassurer avec un modèle de vieillissement réussi de la personne moyenne,  qui préserve du déclin physique, psychique et social. Sauf que : un modèle fixe un standard et peut faire douter sur la possibilité de l’atteindre. S’ajoute une représentation bipolaire de ceux qui font bien, valorisés, et de ceux qui font mal, stigmatisés. Puisque vieillir est un processus, comment est-ce qu’on peut le figer dans une norme à atteindre ?

En revanche, ne confondons pas la fin et les moyens. Ce n’est pas une raison pour se priver des recommandations de prévention.

La vieillesse est un état. On a le temps de voir venir. Elle arrive progressivement. Pas forcément à cause de difficultés invalidantes, de dépendance, de perte d’autonomie. Plus quand on sombre dans une immense mélancolie, dans le découragement qui gèle en nous le goût de vivre. Ce que je raconte dans cet article peut aider à retarder cette étape éventuelle et à la vivre plus facilement. Penses-tu que la vieillesse est une fatalité ?

J’ai admis que vieillir n’est pas la sinistrose. Pour le ressentir, j’ai dû faire sauter 3 bouchons. Certains plus facilement que d’autres.

A défaut de champagne, opter pour le cidre

1. Se déprendre des messages sociétaux négativistes

Le cerveau est une bande velcro pour la négativité et une surface en téflon pour la positivité.

Je tiens cette phrase de Claudine Badey Rodriguez, psychologue clinicienne, consultante, écrivain et conférencière, autrice de nombreux ouvrages sur le vieillissement, cités dans les ressources en bas de l’article. Claudine m’a permis de prendre du recul sur cette peur de vieillir.

Même si les imaginaires commencent à bouger grâce aux baby boomers célèbres, la société, c’est-à-dire toi, moi, nous, livre encore un portrait assez désespérant du vieillissement, rempli de clichés, de stéréotypes réducteurs et d’injonctions alarmistes.  Le naufrage du Titanic ou une performance titanesque !

Rebecca Swift, directrice de création à la banque d’images Getty, reconnait « que les Seniors ne sont pas photographiés de manière aussi riche et variée que les personnes plus jeunes ce qui renforce les stéréotypes négatifs. »

Ces clichés et idées toutes faites peuvent devenir des croyances, dures comme fer : que la vie est derrière nous, qu’il n’y a que du mauvais à attendre ou qu’on doit lutter et faire des efforts sans relâche pour rester jeune…

Le filtre de nos croyances conditionne nos attitudes et nos comportements et celles-ci impactent notre santé et vitalité. Comme inconsciemment,  on cherche à valider ses croyances, on a du mal à les changer.

Des expériences édifiantes à ne pas zapper.

Ces exemples devraient t’éclairer sur l’effet nocif de certains messages.

  • Rachael Stone, chercheuse à l’université de New York, a demandé à un groupe de Seniors de monter un escalier et elle les a observés. Quelques temps après, elle leur a suggéré de lire un article, inventé par elle, expliquant que vieillir amoindrit la facilité à monter les marches. Elle leur a demandé à nouveau de monter l’escalier pour les observer. Qu’a-t-elle constaté ? Et bien, que leur façon de monter l’escalier s’était nettement dégradée en vitesse, en précision et en équilibre.
  • Un groupe de chercheurs Londoniens a observé que les personnes de 50 ans et + prennent de moins en moins en compte des messages de prévention pourtant utiles et appropriés, s’ils sont présentés de manière trop alarmiste. Le message tellement négatif  les dérange et les conduit à justifier rationnellement qu’elles ne sont pas concernées par le problème. 

Dans les 2 cas, la manière dont on parle des seniors (exemple 1) et la manière dont on leur parle (exemple 2) influence malencontreusement leurs comportements. Ils en perdent leurs moyens ou ils ne profitent pas d’informations utiles.

  • Et pour finir, les chercheurs de Yale ont également remarqué que des Seniors, exposés à l’image de gens âgés présentant des troubles de la mémoire, sont assaillis de doutes sur leurs propres capacités, résultant un déclin similaire de leur propre mémoire. J’ai envie d’oublier tant j’en frémis.

Ce premier bouchon a été le plus facile. Quand je croise des images ou des messages de ce type, une petite cloche sonne dorénavant dans mon esprit. J’ai conscience de leurs effets. Ni obéir, ni fuir. Ne pas me laisser duper. Je porte volontairement mon attention à des images ou des informations gratifiantes et positives qui vont accroitre ma confiance, essentielle pour surmonter l’anxiété de vieillir.

Le 2ème bouchon a pris un peu plus de temps mais un jeu et des recherches m’ont bien aidée.

2. Visualiser positivement son vieillissement

Une option radicale : accepter de vieillir en aimant la personne âgée que l’on deviendra.

Je me suis amusée avec un jeu sur Face Book qui m’a représentée vieillie. Il s’agit pas de l’application Face App, popularisée par les réseaux sociaux, qui permet de se rajeunir ou de se vieillir à l’aide de filtres. Non, c’est juste une bonne blague.

J’aimerais que ce soit une prédiction auto-réalisatrice. Je me verrais bien vieillir espiègle, vive et malicieuse, comme ma grand-mère paternelle.

Se projeter dans son vieillissement n’est pas du masochisme. 3 études vont dans le même sens :

  • Becca Levy, épidémiologiste à l’Université de Yale, a démontré qu’une représentation positive concernant son vieillissement prédit la probabilité d’adopter des comportements de prévention-santé.
  • Un article publié par la chercheuse Lewina Lee de Harvard relève que les personnes les plus optimistes ont, en moyenne, une espérance de vie de 11 à 15 % plus longue et 50 à 70 % plus de chances d’atteindre 85 ans que les groupes les moins optimistes. Ces résultats ne varient pas malgré l’avancée en âge ou les maladies chroniques… Cependant l’explication n’est pas clairement identifiée. Les recherches suggèrent que les optimistes sont en mesure de se remettre plus efficacement des difficultés et des moments de stress. Par ailleurs ces personnes ont tout simplement tendance à avoir des habitudes de vie plus saines. A noter que l’optimisme s’entraine comme un muscle ! Je le fais et j’en reparlerai.
  • Enfin, une recherche incroyable, effectuée par des chercheurs du Kentucky dans un groupe de 180 religieuses catholiques, suivies depuis l’âge de 22 ans en moyenne, jusqu’à leur décès entre 75 et 95 ans. Plus ces religieuses ont évoqué dans leur journal des aspects positifs de leur existence, plus longtemps elles ont vécu.

En synthèse, me voir vieillie ne justifie pas de rentrer dans les ordres !

3. Dégommer les peurs

L’anxiété de vieillir est sensible.  C’est le 3ème bouchon, le plus irrationnel. Il nourrit beaucoup le précédent. L’institut d’études Ipsos a interrogé les Français de 16/64 ans en 2018 pour savoir s’ils ont envie de vieillir.

  • 19% ont déclaré qu’ils en avaient l’envie. 23ème score sur 30 pays.
  • 20% pensent rester en forme et en bonne santé. 29ème score sur 30 pays.

Et en effet, 65% d’entre nous ont peur de mal vieillir. Les peurs sont de manquer d’argent, perdre en mobilité, perdre la mémoire, être limité dans ses actions, se trouver seul…

Ces angoisses ne sont pas infondées, de telles situations existent, mais leur représentation est démesurée. Parce que dans une situation menaçante, le cerveau se raconte des histoires qui vont embarquer son auteur et le conditionner. Les psychologues parlent alors d’impuissance apprise.

Se risquer à vieillir, c’est oser un pari. D’un côté, une vie sécurisée et prévisible serait à mourir d’ennui. Un comble ! De l’autre, trop de peurs pourrait paralyser et empêcher de vivre. Un 2ème comble.

Je parie que cela vaut le coup d’être vieux, parce que les vieux ont la vie en eux. Ma fameuse grand-mère aurait rigolé : mais c’est écrit dessus, comme le Port Salut !

La peur n’est pas négative puisqu’elle alerte que quelque chose ne va pas et qu’il faut être vigilant. Si elle devient envahissante et chronique et notre unique grille de lecture, c’est très embêtant.

Les peurs de vieillir sont souvent pires que le vieillissement lui-même. Les personnes les plus âgées le disent. L’anticipation anxieuse gâche la vie et empêche d’être disponible aux situations réelles. On se tourmente en se faisant des idées par avance. Pour ma part, quand je commence à gamberger, je reviens à la seule chose que je contrôle, la conviction que je serai capable de chercher une solution. Ce n’est pas un secret, vieillir est aussi une question de motivation.

Surmonter l’appréhension de vieillir

Une piste pour se motiver à vieillir.  Afin d’éviter le triple piège dont je viens de parler, s’investir dans son vieillissement aide à évacuer la frousse. Une motivation interne est plus efficace qu’une motivation dictée par l’extérieur, un évitement ou une récompense.  A notre âge, échapper à une punition  ou recevoir un bonbon n’a plus de beaucoup de sens.  

La motivation de vieillir que je t’invite à envisager est fondée sur : la-chance–de-vivre–pleinement-au-plus-proche-de-soi.

C’est un pari raisonnable et la nouvelle «  activité  » des retraités, à mener joyeusement pour profiter de la vie.

Des ressources tire-bouchons

Vu le sujet, il n’y a assurément pas de trucs et d’astuces.

Je ne mentionne pas les sources des études que j’ai citées pour ne pas t’encombrer. Mais toutes sont accessibles en anglais dans les sites des universités. Je suis étonnée que presque toutes ces études soient anglo-saxonnes.

Je t’invite aussi à lire mon article sur les visions de l’avancée en âge.

Ici les livres de Claudine Badey Rodriguez que je te recommande : J’ai décidé de bien vieillir / Plus belle ma vie après 50 ans.

Enfin, tu peux télécharger comment  t’entrainer à envisager ton avancée en âge positivement.

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5 réponses

  1. anne zavan dit :

    Une correspondante se demande dans la rubrique contact « comment voir la vieillesse de manière joyeuse et positive avec des personnes âgées ayant alzheimer, ne pouvant plus marcher, malades, en souffrance physique, seules, isolées, ayant perdu les gens qu’elles aimaient, etc.  »
    Je suis très sensible à ce commentaire car je l’entends souvent et c’est dans ce contexte que j’ai écrit l’article.
    Bien sûr que la situation décrite existe et est très dure. En même temps, elle n’est pas majoritaire, heureusement. Elle génère forcément beaucoup d’émotions qui s’accrochent dans le corps et le mental.
    Je souhaite rappeler qu’il y a d’autres situations plus positives et que le réalisme ne devrait pas nous confiner dans des idées noires.  Mais ceci demande, c’est vrai, un effort.
    Se brancher volontairement sur des images et des pensées plus stimulantes. Au fur et à mesure, on parvient progressivement à diluer les idées noires dans les idées plus enjouées et à mieux vivre l’avancée en âge. Je pense aussi que discuter avec d’autres personnes aide aussi beaucoup à relativiser. Ce n’est pas magique. C’est une démarche pour conserver de l’optimisme dont on observe les effets positifs.

  2. 28 ans et déjà la peur de vieillir… mes peurs peuvent me fatiguer parfois :/

    • anne zavan dit :

      Je comprends tout à fait. Pour ma part, en réfléchissant à mes peurs, en les passant à la moulinette, je peux arriver à prendre de la distance aussi. Bon courage pour en faire un trampoline et rebondir. Bonne continuation

  3. Carole dit :

    Bonjour,
    Je découvre votre blog et j’aime le ton. Cela me fait penser à la ménopause, ce truc dont on n’ose presque pas prononcer le nom en public de peur que ce soit contagieux. Et puis surtout cette peur qu’elle suscite chez les femmes qui s’en approchent… Et si on se penche sur la vision des différentes sociétés de cette planète, on s’apercevrait que dans bien des cas, la ménopause (et le vieillissement) est vue comme un palier vers la sagesse et comme un atout pour la société toute entière !
    Merci pour cet article bien intéressant.

    • anne zavan dit :

      Merci Carole pour votre remarque que je partage totalement. La ménopause est clairement en prise directe avec la peur de vieillir. A ce sujet, je me permets de vous conseiller le compte insta d’une amie un peu plus jeune que moi « ménopause stories ». Elle s’attelle à dédramatiser la ménopause. J’ai vu votre site et je trouve formidable d’aborder franchement ces sujets si essentiels et encore tabous de la vie des femmes. Bonne continuation dans votre démarche.

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